Présentation du Projet

Faire le procès d’un livre, d’un auteur, d’une institution dans l’enceinte d’un tribunal reconstitué afin de favoriser la promotion des livres et de nourrir le débat intellectuel.

Forme, durée et rythme

Le Livre en Procès est organisé sous forme de spectacle vivant d’une durée de 2 heures, qui aurait lieu tous les deux mois.

Lieu

Mairie du 6ème arrondissement de Paris, l’arrondissement du Livre, des éditeurs et des libraires.

Public

Il est attendu entre 300 et 400 personnes.

Organisation

Suivant la composition habituelle d’un Tribunal avec :
• Un Président,
• Deux juges assesseurs,
• Un Procureur de la République des Lettres,
• Un avocat de la défense, et
• Un greffier et/ou un huissier.

Déroulement du Procès culturel

1. Ouverture du Procès par le Président et présentation des invités et du thème retenu
2. Acte d’accusation par le Procureur de la République des Lettres
3. Interrogatoire (interview) des accusés par le Président et les assesseurs
4. Questions du Jury populaire formé par le public
5. Plaidoirie de la défense
6. Délibération avec présentation des différentes actualités éditoriales
7. Verdict
8. Séance de dédicace par les auteurs

Séance de dédicace

A l’issue du procès, une séance de dédicace est organisée avec le soutien d’un libraire du 6ème arrondissement.

Plan de la salle ou du plateau

La Cour, les auxiliaires et les accusés seront sur une estrade au milieu de la salle ou du plateau avec du public de chaque côté. Une barre pour interroger sera disposée entre le bureau du Président et des assesseurs et le box des accusés sur deux rangs à double hauteur à l’opposé.


Manifeste du culturisme

Quand le Time Magazine avait titré sa Une en décembre 2007 sur la mort de la Culture française, certains n’avaient voulu y voir qu’un tropisme anglo-saxon.

En réalité, si la France dispose de tous les talents, son vrai problème est de reconquérir des lecteurs, des spectateurs et des auditeurs en France et à l’étranger. Il nous appartient de rappeler l’importance de la lecture et de trouver de nouveaux moyens pour diffuser la culture française, assurer l’audience de la langue française et développer la pensée et l’esprit français dans les discussions politiques, économiques, scientifiques et culturelles dans le monde en investissant notamment dans notre éducation et notre action culturelle à l’étranger.

En 1963, le général de Gaulle, alors président de la République, adressait une courte lettre à un jeune écrivain, Jean-Marie Le Clezio, pour son premier livre : « Votre livre m’a entraîné dans un autre monde, le vrai très probablement. Comme tout commence pour vous, cette promenade aura des suites. Tant mieux ! Car vous avez bien du talent. A moi, qui suis au terme, vous écrivez que « le pouvoir et la foi sont des humilités ». A vous, qui passez à peine les premiers ormeaux du chemin, je dis que le talent, lui aussi, en est une. »

Pourtant, quarante-cinq années plus tard, au lieu de saluer les nouveaux talents, c’est dans une dangereuse indifférence que sont remis en cause les fondements même de notre culture et, donc, de notre avenir.

En effet, face aux bouleversements actuels de nos modes de vies et de consommation, la France mérite une meilleure réponse que l’affaiblissement de la langue française, la remise en cause du prix du livre et la disparition progressive des humanités.

La remise en cause du prix du livre, tentation de certains intérêts, entraînerait immanquablement un appauvrissement de notre culture en n’offrant pas à tous les talents de s’exprimer et de s’épanouir, préférant une rentabilité à court terme sur l’enrichissement de la culture française ; une augmentation du prix moyen du livre pour compenser le manque de recettes lié aux soldes ; et, enfin, des obstacles supplémentaires pour le public dans son accès au livre du fait de la disparition de librairies en centre-ville. Bref, des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles !

« Tout le destin de ce que les hommes ont mis sous le mot culture, tient en une seule idée : transformer le destin en conscience…» Face aux immenses défis qui attendent notre monde, la voix de la France et de ses écrivains et artistes sont plus que jamais nécessaire pour analyser, comprendre et défendre notre avenir commun et nos valeurs, à savoir la dimension irréductible de l’Homme, de la conscience qu’il a de lui-même et des autres et de sa liberté.

« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » rappelait André Malraux.

Reconquérir notre culture, c’est dresser la France contre la fin d’un monde.

Montrons nos muscles.


L’affaire Barrès

Le 13 mai 1921, Dada se constituait en tribunal révolutionnaire.

Il s’agissait de juger Maurice Barrès.

Un soir, quelques-uns d’entre nous, réunis dans un café du boulevard Montparnasse, parlaient des accidents, des vols et des crimes de la semaine. Brusquement une discussion très vive s’éleva à propos de Barrès. Personne n’était d’accord. Sur l’heure, on décida d’élargir le débat et de constituer un tribunal. On nomma un président (André Breton), deux assesseurs (Théodore Fraenkel et Pierre Deval), un accusateur public (Georges Ribemont-Dessaignes). Louis Aragon et Philippe Soupault se déclarèrent prêts à défendre Barrès.

Pendant quinze jours des témoignages furent recueillis. Un certain nombre de personnalités refusèrent de comparaître. L’accusé fut convoqué devant la commission d’enquête. Barrès quitta Paris immédiatement pour Metz puis Aix-en-Provence.
Le 7 mai la commission d’enquête aborda la dernière partie de sa tâche, je veux dire, l’établissement des conclusions. A la fin de la soirée, elle décidait d’accuser Maurice Barrès d’attentat à la sûreté de l’esprit.

Les débats publics s’ouvrirent le 13 mai, salle des Sociétés savantes.

Les juges, les avocats, l’accusateur étaient vêtus de blouses et de tabliers blancs et coiffés de barrettes (écarlates pour le tribunal et l’accusateur, noires pour les avocats). A 9 heures l’huissier s’avança et demanda à haute et intelligible voix : « Etes-vous là, Barrès ? » L’accusé à cette heure présidait un banquet à Aix-en-Provence et discourait sur « l’âme française pendant la guerre » ; quelques jeunes provinciaux écoutaient bouche bée l’académicien-député de Paris.

Salle des Sociétés savantes on allait le juger.

A 9 h 30, l’huissier annonça la Cour.

Extraits de L’Affaire Barrès, dossier préparé et présenté par Marguerite Bonnet, Editions José Corti, 1987.


L’Affaire de la Princesse de Clèves

Le 29 janvier 2009, les Culturistes se constituent en tribunal révolutionnaire.

Il s’agit de juger la Princesse de Clèves.

Un soir, quelques-uns d’entre nous, réunis dans un café du boulevard Montparnasse, parlaient des accidents, des vols et des crimes de la semaine. Brusquement une discussion très vive s’éleva à propos de la Princesse de Clèves. Personne n’était d’accord. Sur l’heure, on décida d’élargir le débat et de constituer un tribunal. On nomma un président (Alexandre Duval-Stalla), deux assesseurs (Clara Dupont-Monod et Sébastien Lapaque), un accusateur public (Vincent Ollivier). Félix de Belloy se déclara prêt à défendre la Princesse de Clèves.

Pendant quinze jours des témoignages furent recueillis. Un certain nombre de personnalités refusèrent de comparaître. L’accusé fut convoqué devant la commission d’enquête. la Princesse de Clèves quitta Paris immédiatement pour Nemours.

Le 7 janvier la commission d’enquête aborda la dernière partie de sa tâche, je veux dire, l’établissement des conclusions. A la fin de la soirée, elle décidait d’accuser la Princesse de Clèves d’attentat à la sûreté de l’esprit, d’association de bienfaiteurs en vue d’une action culturiste et d’atteintes aux bonnes mœurs.

Les débats publics s’ouvriront le 29 janvier, à 20 heures 30, à la Mairie du VI° arrondissement de Paris.

Les juges, les avocats, l’accusateur seront vêtus de blouses et de tabliers blancs et coiffés de barrettes (écarlates pour le tribunal et l’accusateur, noires pour les avocats). A 20 heures 25 l’huissier s’avancera et demandera à haute et intelligible voix : « Etes-vous là, Princesse de Clèves ? » L’accusée à cette heure sera là renonçant à présider un banquet à Nemours pour discourir sur « l’âme de la littérature française de nos jours ».

Mairie du VI° arrondissement de Paris on la jugera.

A 20 h 30, l’huissier annoncera la Cour.

Librement adaptée des extraits de L’Affaire Barrès, dossier préparé et présenté par Marguerite Bonnet, Editions Jos é Corti, 1987.


Manifestation
Le Livre en Procès

L’Affaire de la Princesse de Clèves
Jeudi 29 janvier 2008 à 20 heures 30 (Ouverture des portes à 20 heures)

Mairie du 6ème Arrondissement - 78, rue Bonaparte - 75006 Paris
Entrée gratuite et libre dans la limite des places disponibles
Métro : Saint-Sulpice/Mabillon



Le procès Dali

Convoqué, Dali se présente malade, un thermomètre en bouche. Pendant que Breton dresse le réquisitoire, il commence à se déshabiller afin, dit-il, de faire tomber sa fièvre. Puis il répond à ses accusateurs. Selon lui, sa fascination envers Hitler n’a rien de politique. Simplement, « la mollesse de cette chair hitlérienne comprimée sous la tunique militaire » provoque en lui « un état d’extase gustatif, laiteux, nutritif et wagnérien ». Quant à sa toile représentant Lénine cul nu (L’Enigme de Guillaume Tell), elle lui a été inspirée par un rêve. Or, le rêve n’est-il pas un des moteurs de la créativité surréaliste ? Puis, s’adressant directement au « Pape », connu pour son intolérance envers l’homosexualité : « Si donc ce soir, André Breton, je rêve que je t’encule, demain je nous peindrai dans nos meilleurs positions avec le plus grand luxe de d étails ».

Enfin, il affirme que Hitler est le digne successeur de Sade et Lautréamont, un génial metteur en scène de l’abomination. Excédé, Breton se prononce pour l’exclusion. Torse nu, Dali se jette à ses pieds, promettant sans rire qu’il n’a « rien contre le prolétariat ».

Ce numéro de haute voltige (mais aussi et surtout sa notoriété grandissante, dont le surréalisme a bien besoin) emporte l’adhésion de la majorité des jurés, qui rejettent l’exclusion.